France




La France… cher pays de mon enfance et de ma tendre adolescence.


Son nom résonne en mon esprit de manière différente depuis que je m'en suis éloigné sur le long terme. D'évidence il était devenu pays lointain où sommeillaient mes racines. Le quitter suffisamment longtemps m'a permis de le redécouvrir à travers le manque de ce qui m'était presque quotidiennement offert. Sa nourriture délicieuse, ses vins remarquables, sa culture riche et diverse, son passé dont les témoignages parsèment nos villes et nos campagnes par les vieilles pierres qu'on y trouve, les cathédrales somptueuses et autres édifices ou même villages entiers érigés en des temps reculés...


La France possède mille richesses et la découvrir de fond en comble comblerait déjà l'appétit de moult voyageurs. Il est amusant de constater que nous sommes en cette contrée aux paysages si divers et que pourtant dans la majorité des cas nous passons à côté, nous ne prenons pas vraiment le temps de soulever ses jupons pour satisfaire notre curiosité. Combien de Terriens viennent du bout du monde pour voir ce pays de légende, combien rêvent de voir un jour Paris, de savourer notre gastronomie, de tremper leurs lèvres dans nos vins ?


C'est en Nouvelle-Zélande que je me suis rendu compte combien la France demeurait une inconnue, c'est là-bas que j'ai découvert pourquoi je désirais y revenir et pourquoi je l'aimais ou la condamnais.


Où que mes pas me mènent par la suite, la France restera gravée en mes chairs de manière indélébile, berceau de ma croissance, aire de jeu de mon enfance, complice de mes doutes et de nos folies adolescentes, jungle à explorer par mes premiers pas d'adulte. Notre histoire n'est pas finie, et je fais confiance à notre couple d'union libre pour réserver quelques surprises professionnelles, émotionnelles et culturelles.



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Dijon



Lyonnais jusqu'alors, Dijon fut ma première ville d'expatrié. J'y entrais au collège en troisième pour y rester 7 ans, jusqu'en 1999 où je déménageai de nouveau, pour Bordeaux cette fois. Dijon offrit à mon cœur le spectacle d'une ville ancienne et superbe, elle me fit découvrir l'amour et forgea des amitiés d'une vie.


Les Fils de Notre Mère la Terre… Eudes, Pascal, Fabien. Trois frères dont la complicité fut nouée en réponse à la difficulté et la détresse que peut générer une classe préparatoire. Adolescents et curieux de la vie, nous aimions marcher dans cette cité et en découvrir des aspects mystérieux et peu déflorés. Je ne qualifierais nos gamineries ni d'erreur de jeunesse ni de bêtises car parmi nos explorations ou nos jeux interdits, nous conservions le respect des personnes et des lieux croisés. Selon la théorie de Freud, notre Sur-Moi nous accordait un autocontrôle suffisant, permettant de ne rien dégrader, de n'insulter personne, et nous appréciions d'autant mieux les libertés que nous prenions à l'égard de la loi. Si cette dernière évite les débordements, nous la franchissions avec nos propres limites, celles de personnes exaltées mais raisonnables.


Je me m'attarderai ici ni sur ce train de voitures pris en clandestins, ni sur les feux du petit parc où de beau matin nous sautions nus devant les trains qui arrivaient en gare, ni sur les cessions de brise-nuage ou encore les nages dans la piscine municipale alors que le gardien resta longtemps occupé à autre chose que nous chasser, ni sur ces myriades d'autres folies libératrices.


Ce qui restera comme une merveilleuse découverte fut l'abordage des hauteurs. Cela nous a pris un soir lorsqu'en sortant du Lycée Carnot nous marchions sur le boulevard et avons croisé une longue, longue échelle qui menait jusqu'au toit. Ni une ni deux nous voilà sur les toits dijonnais, et depuis lors nous regardions les échafaudages avec un œil différent, avec un soupçon de désir. Et les églises et cathédrales sont les édifices qui nous ont apporté les sentiments les plus forts.


La montée est risquée, se doit d'être discrète, mais une fois en hauteur, on accède généralement à des merveilles insoupçonnées. Les balustrades intérieures habituellement inaccessibles, les orgues à portée de main, les balcons extérieurs dominant la ville, les charpentes impressionnantes, les escaliers en colimaçon où seule la pierre et le silence nous environnent, les pigeons qui s'envolent sous l'ouverture des portes et cette odeur caractéristique de fientes sont autant de souvenirs gravés en ma capricieuse mémoire.


Une fois seulement des échafaudages à l'intérieur de l'église nous permirent, grâce à notre corde indispensable, de descendre jusqu'au sol de l'église désertée de toute âme sinon celles des bougies perçant l'obscurité et de celle de toute entité que les chrétiens aiment à deviner là.


Nos pas trouvaient écho, notre mutisme confirmait que toute exaltation laissait place à la contemplation d'un lieu si solennel qui pour l'heure n'était offert qu'à notre regard.


Nous sortions abominablement sales des ces églises, mais surtout, un point assez marquant était la distorsion temporelle qui prenait place lors de nos explorations. Pour la visite de Saint Bénigne par exemple, il nous sembla parcourir balcons et escaliers en deux heures alors que s'en étaient écoulées cinq. Et chaque fois le même phénomène se produit : le temps accélère par rapport à notre perception. Une autre constante est ce sentiment de décalage lorsque de nouveau dans les rues nous sommes confrontés à une réalité que nous avions un temps oubliée.



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Corse



Par deux fois je suis allé en Corse, en 1999 et 2001, par deux fois l'île m'a sincèrement enchanté. On y parle facilement avec les personnes rencontrées, faire du stop est aisé, mais mieux, la marche permet de découvrir des endroits qui paraissent oubliés des hommes. Ces paysages magnifiques bordés de mer, ces cascades au bas desquels des puits d'eau permettent de sauter d'une dizaine de mètres, et ces hautes montagnes rappellent quelque chose de la Nouvelle-Zélande. La Corse est une terre superbe et sauvage à portée de main.


Tout autour de l'île se dessinent en bord de mer ou sur les reliefs, les tours génoises, sentinelles de Corse. Beaucoup sont à l'abandon pourtant on ne peut oublier leur présence tant elles sont nombreuses. Elles étaient depuis leur construction au XVIème siècle utilisées pour protéger l'île. Si un agresseur venait de la mer, les observateurs allumaient des flambeaux et de flamme en flamme le message était véhiculé tout autour de l'île en un rien de temps. Ainsi d'une tour génoise il doit être possible de distinguer les deux qui l'entourent.


Le train de la liberté


J'inaugurai la Corse en 1999 chez mes cousins qui ont une maison vers Porto-Vecchio. Il fallut peu de temps pour s'accorder au rythme différent qu'impose l'île. Un sentiment de tranquillité y flotte, un certain confort par la chaleur ambiante, et un soleil si fort en mi-journée que le sable, la roche est brûlante de sorte que marcher pied-nus oblige à une chorégraphie saugrenue pour éviter la brûlure.


Les siestes au frais deviennent ô combien douces, tout comme les douches à l'extérieur de la maison, la vue ouverte sur la forêt et la mer. Alors en baignade ou sur un bateau, au bar ou sur un sentier, le temps semble ralentir sa course et s'adoucir.



Je partageai quelques jours la compagnie de mon cousin et son amie Estelle. Or un soir nous allâmes en boîte de nuit. Je connaissais Estelle depuis très peu pourtant nous avions une facilité déconcertante à parler de beaucoup de sujets et à nous sentir à l'aise l'un avec l'autre. Or ce soir-là dans la boîte, lassé de la musique je partis m'asseoir à l'écart. Alors par la contemplation de cette foule et de mes amis en danse, je me mis à griffonner quelques rimes sur mon carnet. De là naquit le poème 'Estelle', hommage à une inconnue croisée quelques jours dans ma vie mais qui sut dans l'instant générer une douce et éphémère complicité, dénuée d'ambiguïté et d'autant plus sereine.


La suite du voyage allait me faire vivre une incroyable sensation de liberté. Je partais rejoindre une amie vers Porto, or ma date d'arrivée restait approximative et j'avançais au gré de mon envie de découverte.


Je pris un train à L'Ile Rousse pour rejoindre Porto. Parfois les gares n'en sont pas, ce sont des arrêts qui peuvent n'être qu'une bute de terre, et il faut demander au contrôleur si on veut descendre à tel ou tel arrêt. Pourtant peu à peu les gens abondent et emplissent les wagons. Même debout il devenait difficile d'avoir assez d'espace. Or nous arrivâmes dans une gare ou tout un groupe d'adolescents attendait notre train. Je croisai le regard d'une jeune fille aux cheveux blonds et haussai les sourcils d'un air de dire " Bon courage pour entrer ! ". Elle me répondit d'un sourire et son groupe trouva à se serrer dans mon wagon.


La complicité initiée par le dialogue muet poussa nos regards à se croiser souvent. J'aurai aimé à certains moments traverser la foule et aller lui parler mais l'idée de l'aborder au milieu de son groupe et la compaction de la foule me découragèrent. Néanmoins nos yeux continuèrent à se chercher au fil du voyage. Elle finit par descendre avec son groupe, et je fus certainement le seul du wagon à n'être pas soulagé de l'espace retrouvé.


Elle se plaça vers la fenêtre où je me trouvais, et lorsque le train se mit en marche, elle se tourna vers moi puis dans un sourire leva la main en signe d'au revoir.


J'eus l'impression que le train m'arrachait à cette demoiselle. Son dernier geste remonta en mes chairs comme une caresse. Non, je ne pouvais pas me laisser partir ainsi. Je tournais en rond dans le train quelque temps, visiblement troublé, je redessinais son visage en mon esprit et tremblais à l'idée que ce visage illuminé se ternisse par l'oubli. Je devais la revoir.


Mes doutes s'estompèrent d'un coup. Je demandai au contrôleur de m'arrêter à la station suivante. Il sonna deux coups et trop longtemps après, après avoir vu le paysage défiler et défiler encore, le train s'arrêta devant un tertre. Je fus le seul à y descendre. Le train partit, il n'y en avait plus avant le lendemain. Autour de moi, il n'y avait rien, il n'y avait personne. La mer, la végétation basse et le soleil couchant demeuraient mes seuls compagnons.


Personne ne savait où j'étais, ni moi-même d'ailleurs, et ici sous les assauts rougeoyants du soleil, entouré de silence, je savourais ce coup de folie qui déviait en quelques secondes un trajet planifié. L'imprévu dans toute sa splendeur. En cet instant le calme et la beauté du lieu accompagnèrent une sensation unique de liberté.

Je marchais une heure le long des rails avec Eric Clapton en Unplugged sur les oreilles. Me voilà lancé vers une quête à l'issue incertaine. Je finis par atteindre le lieu de notre séparation où je découvris bientôt un vaste camping. Si vaste qu'on s'y perdait aisément. Et le soleil déclinait, cachant peu à peu à ma vue les visages des résidents. Il fallait faire vite. Je cherchais un grand groupe d'une quinzaine d'année. Je ne sais si mon intuition joua plus que la chance, mais je finis par voir la demoiselle aux cheveux blonds se diriger vers les points d'eau avec sa brosse à dent. Je me rappelle sa surprise à me voir. Nous échangeâmes quelques mots, et Sophie me laissa un instant avant de revenir discuter avec moi aux abords de son campement. Je lui dis que j'aimais prendre des photos, et que j'aurai aimé photographier son visage pour l'éterniser dans ma mémoire. D'abord surprise, elle accepta de me retrouver le lendemain sur la plage.


D'autres jeunes vinrent nous rejoindre et une discussion commune s'engagea. Je voyageais seul, avec un appareil photo, sans contrainte aucune, et certains garçons étonnés envièrent un instant cette indépendance. Indépendance savourée à ce moment-là tel un nectar olympien.


Je gagnai la plage pour y dormir. J'y rencontrai un jeune homme qui gardait une petite maison de bois. Nous avons vite sympathisé et nos conversations nous menèrent à partager nos histoires de cœur. Une demoiselle habitait chacun de nos cœurs, et nous attendions tous deux le lendemain pour la retrouver. Le sommeil nous porta ainsi d'un sommeil confortable.


La matinée se composa de discussions avec mon acolyte amoureux, de la rédaction d' "Estelle" et de mon impatience à retrouver Sophie. Elle arriva dans l'après-midi, accompagnée de son groupe. Après une courte discussion avec leur monitrice qui voulait s'assurer que je n'étais pas un pervers, elle accepta que Sophie soit photographiée.


Je m'amusais longuement à lui parler pour susciter des émotions diverses, je guettais les reflets dans ses cheveux, je m'attardais sur ses yeux, son regard. Je m'en berçais longuement, jusqu'à l'heure de mon départ. Je la quittai pour attraper le dernier train, celui-là même que j'avais déserté la veille. Cette fois le voyage serait sans retour, mais je demeurais habité d'un profond sentiment de paix.


Désert des Agriates


Depuis Saint Florent, une plage mène au sentier qui ouvre sur une randonnée de plusieurs jours dans le désert des Agriates. La nature y est préservée de l'envahissement humain, ce qui justifie déjà l'appellation de désert.


Mais ce terme est aussi une mise en garde. Rare est l'eau potable sur ce parcours, et le soleil de mi-août m'a vite fait comprendre ma négligence. Je ne crois pas avoir éprouvé plus intensément la soif que sur ce parcours. L'eau pourtant nous accompagne, la mer est presque toujours à portée de vue, mais point de rivière des montagnes, de fontaine ou d'endroit où acheter de l'eau. Comme je me suis senti soulagé en trouvant un couple sur mon chemin ! Je les ai priés pour de l'eau qu'il offrirent sans hésiter. Mieux, ils m'indiquèrent une des sources d'eau potable. A peine un filet d'eau déversé de la roche, mais quel réconfort pour un assoiffé !



Le désert est rarement accessible en voiture, ainsi seuls les criques au sable blanc, baignées d'eau transparente, se trouvent colonisées par des bateaux. Le maquis y est vaste, et pour m'y être perdu, je peux dire qu'évoluer dans cette végétation basse n'est pas aisé.


Sur cette route presque déserte il m'a toutefois été donné de lier conversation avec des promeneurs. A la fin du parcours, un groupe de quarantenaires m'offrit aussi de m'emmener avec eux dans leur voiture pour visiter les alentours. J'acceptai de bonne grâce, mes jambes fatiguées après 3 jours de marche apprécièrent ce repos. Et de villages anciens à la tour de Sénèque, je découvrais des lieux toujours aussi beaux.


Oui, décidément lorsque je me rappelle la Corse, c'est la chaleur des lieux, des habitants, et la beauté de l'île qui se dessinent en mes souvenirs et me donne régulièrement l'envie d'y retourner.



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Massif Central



L'Ardèche


Le Massif Central est vaste, s'étend sur de nombreux départements et présente des paysages très variés. L'Ardèche fut une destination choisie pour notre pré-jour de l'an 2007 avec les Fils de Dijon. De nouveau pour ces voyages improvisés la chance nous a sourit. Nous remarquâmes une ruine sur les cartes et la première fut celle qui d'un battement de cœur commun fut désignée comme notre lieu de squat pendant les deux prochains jours.


La ruine d'un ancien château, des avancées rocheuses sur lesquelles planter notre tente, une cascade à portée d'oreilles, les monts d'Ardèche sous les yeux, ce site du château de Rochebonne constitue un lieu enchanteur. De plus en cette période de l'année les touristes préfèrent la chaleur d'un âtre et nous restons ainsi esseulés dans ce cadre superbe.



Deux jours où nous demeurons à la merci des conditions climatiques, du vent d'hiver compensé par la chaleur de notre amitié, d'une pluie qui a su se faire discrète. Ces jours de l'an avec les Fils sont un retour à la Terre, à notre condition d'homme éphémère, et une célébration de notre lien forgé depuis une dizaine d'années. Une délectation en somme, que nous savourons d'autant plus que nous savons certains d'entre nous prompts aux voyages.


Un des bonheurs de mon retour en France après la France était de pouvoir retrouver mes amis et de partager du temps avec eux. Ces occasions les célèbrent parfaitement.


La deuxième partie du diaporama nous amène en automne 2008, lorsqu'à l'occasion d'un week-end Delphine et moi partons découvrir l'Ardèche verte. Les reliefs isolent les villages qui conservent ainsi leur tranquillité, mais les détours payent, si la contemplation est richesse. A cette saison les couleurs sont superbes, les arbres semblent flamber sous les assauts timides du relief. L'Ardèche verte l'est d'autant plus si on oublie les routes principales au profit des chemins de traverses, alors d'un col à l'autre, d'une vallée à une crête, savourez des paysages encore sauvages.



Parc Naturel Régional du Pilat

Dans la foulée de l'Ardèche verte, Delphine et moi sommes allés explorer le parc du Pilat. On me l'avait décrit avec exaltation et des qualificatifs flatteurs l'accompagnaient régulièrement. Et sa réputation n'était pas volée.


Le long des crêtes, la vallée du Rhône s'ouvre à nous et en fond les Alpes se dessinent, perçant le ciel et le voile de la distance par leur neigeuse blancheur. Trônant au milieu des ces élévations montagneuses, le Mont Blanc démontre fièrement sa domination sur les sommets alentours.


Des villages anciens, des châteaux en ruine, des églises ouvertes dont nous pouvons découvrir jusqu'à la complexe horlogerie, un barrage à faire pâlir tant imaginer la pression de l'eau derrière nous fait paraître vulnérables, des sites d'escalade, des via ferrata, de puissantes cascades… le Pilat dévoile une plaisante diversité.



Aveyron & environs


Etrangement, c'est en Lozère, entre 2000 et 2001, que j'ai passé 7 semaines de stage au Centre Régional de la Propriété Forestière de Mende, et pourtant la plupart des photos ont été prises en Aveyron. J'y ai pourtant senti une ambiance comparable. Le Massif Central embelli de reliefs rend les lieux moins accessibles et plus froids que les plaines alentours. Du coup la Lozère est le département de France le moins peuplé, avec une bonne quinzaine d'habitants au kilomètre carré… ce qui laisse une large zone libre de toute présence humaine.


L'altitude et le froid, ainsi que certains paysages où la végétation se fait rare, freinent les ardeurs d'éventuels résidents, et pourtant… pour qui rêve de tranquillité et de paysages irréguliers, le Massif Central a de quoi combler.


Les villages, préservés de l'invasion humaine, ont donc gardé pour la plupart leur aspect médiéval. Le Moyen-âge semble ici encore présent à travers les églises, les chapelles perdues sur les monts, les châteaux en nombre, les ruelles pavées, les sources canalisées et potables. Y voyager nous ramène dans un passé trop souvent digéré dans les grandes villes par les constructions environnantes. Pas de buildings, pas de nuage de pollution, et des myriades d'endroits cachés d'une colline à l'autre, d'une gorge à la suivante.



Amoureux de l'histoire de France, des monts aux points de vue plongeant vers les profondeurs de l'horizon, et d'un relatif isolement si l'on oublie le grouillement touristique estival, le Massif Central sera un régal pour vous.



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Les Alpes



Grotte du Brudour


Nous débutons le voyage dans le Vercors ou les pré-Alpes. L'année 2007 s'achève, et comme à l'accoutumée, mes amis de Dijon et moi nous retrouvons pour un pré-jour de l'an vers une destination encore floue. Le principe reste le même : nous choisissons grossièrement un lieu sur les cartes, y cherchons les ruines ou autres lieux notables et errons jusqu'à trouver notre point de chute. Seulement voilà, en cette période et à cette altitude, le Vercors est couvert de neige. Impossible de poser la tente, difficile de dénicher du bois pour un feu, bref l'aventure s'annonce délicate et c'est 5 heures que nous tournons en voiture, enserrés par la nuit, jusqu'à presque perdre espoir.


Mais enfin sur notre route, un panneau annonce la grotte du Brudour. Nous décidons de faire un crochet pour voir de quoi il retourne, nous longeons un sentier enneigé bordant un fossé, et après une longue marche apparaît une bouche béante cernée de stalactites. Une grotte immense, protégée des assauts de l'hiver, et où du bois sec nous attend sur un foyer éteint. Le doute n'est plus permis, devant notre exaltation nous comprenons que nous avons trouvé.


Après l'installation commence l'exploration. La grotte est garnie de stalactites aux pointes menaçantes, les profondeurs de l'antre révèlent une colonie de stalagmites aux formes douces. Ainsi réunies et défiant l'apesanteur, ces stalagmites nous donnent l'impression d'être devant les habitants de la grotte qui discutent par résonance et par jeux de lumière.


Comme ce lieu nous combla après une si longue errance ! De l'intérieur, nous pouvions voir la limite nette qui séparait notre refuge d'un extérieur blanchi et soumis aux assauts du vent et des rigueurs de l'hiver. Toutefois le feu fut salutaire, autant qu'il pût être fatal. En effet la chaleur de l'âtre s'élevait jusqu'à la voûte et la longeait, se propageait ci et là et provoquait la chute des stalactites les plus fragiles qui n'étaient pas les moins acérés. Nous entendions donc par moment des stalactites se briser au sol, et nous soupirions chaque fois que ce ne fut pas un de ceux qui nous surplombaient.


Je me serais volontiers attardé dans un tel lieu tant il était beau et paisible. Le confort que nous y avons découvert nous a en tout cas fait réaliser pourquoi les cavernes se révélèrent si précieuses aux temps préhistoriques : ce sont les ventres protecteurs de notre mère la Terre.



Le Palais idéal du facteur Cheval

Voici l'histoire de Ferdinand Cheval, facteur de profession, qui s'adonna à une passion inhabituelle. Lors de ses tournées pour distribuer le courrier, il remarqua des pierres aux formes particulières. De là lui vint l'idée de créer grâce à ces pierres son palais idéal.


Il se lança alors dans un travail qui l'occuperait 33 années. Il tailla les pierres, leur donna corps, et fut l'architecte et le maçon de son atypique palais minéral. Il fit preuve d'un courage et d'une tenacité incroyable, et son œuvre perdure pour montrer à chacun que les dons naturels de la Terre peuvent être sources de merveilleuses créations, pour peu qu'on accepte d'y verser notre sueur et d'y investir notre temps.


Je conclurai par les mots de Ferdinand Cheval (1836 à 1924) :


"Fils de paysan je veux vivre et mourir pour prouver que dans ma catégorie il y a aussi des hommes de génie et d'énergie. Vingt-neuf ans je suis resté facteur rural. Le travail fait ma gloire et l'honneur mon seul bonheur; à présent voici mon étrange histoire. Où le songe est devenu, quarante ans après, une réalité."



Parcs Nationaux


Ce chapitre parle aussi des Ecrins et de la Vanoise. Même si presque dix ans séparent ces voyages, les montagnes, elles, n'ont pas bougé, et les sentiments inspirés par ces masses rocheuses sont comparables. Nouvelle-Zélande, Suède, France… malgré les paysages propres à chaque pays, la marche en montagne est pour moi source d'une ambiance similaire.


Il arrive un temps où les agitations humaines lassent, où les discours des uns et des autres se noient dans l'évidence d'une vacuité à grande échelle. Il est si aisé de laisser peser sur nos épaules les questionnements inhérents à l'espèce humaine, les fardeaux que par ignorance, faiblesse ou fatalité nous finissons par accepter. Tout cela le temps d'une vie, alors que cette dernière devrait voir nos efforts concentrés sur la manière de l'embellir. Alors pour relativiser, pour que cette agitation mentale soit emportée par le vent le temps d'une brise, j'aime partir en montagne.



Ces masses rocheuses m'impressionnent. Si lourdes que la force des hommes réunie ne parviendrait à les soulever. Si hautes et irrégulières que parfois la perspective se perd et qu'une cascade issue des hauteurs semble soumise à une autre force gravitationnelle.


Ce qui me fait particulièrement réfléchir, c'est d'imaginer que ces montagnes se sont élevées avec une lenteur extrême, centimètre par centimètre, au cours de millénaires. Avec l'apparence de l'immobilité, les roches se sont soulevées, confrontées, et ont fini par jaillir de terre à des hauteurs et selon des reliefs que nous ne pouvons aborder qu'avec prudence. Ce sont des forces de la nature contre lesquelles nous restons vulnérables et pourtant elles se sont imposées si lentement, si inexorablement.


Les montagnes pourraient rire de notre longévité. Nous faisons figure de papillon pour eux, et encore. Un clin d'œil et la vie d'un mortel s'est déroulée sous son regard. J'aime cette indépendance dont les montagnes sont pourvues à l'égard de notre espèce. Elles nous montrent que nous ne sommes pas les maîtres de la Terre, absolument pas les plus pérennes et que des enjeux bien plus importants pour la planète que les conflits humains se trament en profondeur, là où nos yeux ne portent pas.



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Châteaux Cathares



En août 2009, Karen et moi prenons les routes du sud. Une semaine au Pradet, vers Toulon, à plonger chaque jour au milieu des poissons et des poulpes, à profiter des plages et des collines avant qu'elles ne soient définitivement rongées par une urbanisation incessante. La chaleur, la tranquillité, l'eau fraîche qui recevait nos corps… une semaine de paix, de lecture et de causette chez l'habitant.



Puis la léthargie de la voiture se transforme en cavalcade quotidienne dès notre départ vers l'inconnu. L'Aude et ses châteaux Cathares eurent finalement notre préférence, et nous roulâmes dès lors jours et nuits en quête d'un passé effacé.


Effacé car la plupart des ruines visitées sont en réalité des ruines de construction postérieure au "règne cathare". Toutefois il y demeure des ambiances, des âmes liées au pierres et un inconscient somnolent réveillé par les pas sur ces édifices centenaires, sur ces monts millénaires. Mais pour mieux comprendre l'attrait spirituel de tels lieux, dressons un (trop) court portrait des cathares et de leur philosophie.


Le catharisme apparut en des temps prospères. La richesse naissait des terres fertiles ; la plupart des citadins et des paysans étaient libres ; la culture, les sciences, les arts se transmettaient librement. Au XIIème siècle, Carcassonne, Albi, Toulouse, Agen voient fleurir le mouvement cathare originaire d'Orient, qui allait se répandre par la suite dans toute la région, et plus encore si l'Eglise n'était pas venue régler ce problème de trop grande ouverture d'esprit.

"Bons Chrétiens" comme ils s'appelaient, ou " purs " selon l'étymologie grec du mot, les cathares croyaient en Dieu mais considéraient le monde matériel, y compris nos corps d'humains, comme l'œuvre du Mal.


Ils croyaient en la réincarnation tendant à une élévation spirituelle qui mènerait à la libération. Ainsi, puisqu'une naissance entraînait l'emprisonnement d'une âme dans un corps impur, les " parfaits ", bons chrétiens ayant reçu le sacrement, refusaient de se reproduire : ils sacrifiaient l'hypothèse d'une descendance en prônant l'ascétisme. L'amour courtois y trouva le terreau de son inspiration.


Les parfaits rejetaient toute idée de propriété et vivaient d'aumône, ce que leur accordait le respect voué par la population. Ils prêtaient aussi serment de ne plus manger d'aliments d'origine animale, de ne pas mentir ni jamais renier sa religion. La fidélité à ce serment envoya de nombreux cathares sur le bûcher.


Les cathares croyaient en Jésus, l'Ange fils de Dieu, leur sainte écriture était l'évangile, ils offraient la religion au peuple en langue commune pour leur permettre de comprendre et ils ne forçaient personne à se convertir au catharisme. Dans ce contexte, cette religion, ou cette hérésie, selon le terme catholique, s'épanouit largement.


L'essor du catharisme et le déclin de la religion catholique allait alerter les autorités pontificales. Ainsi au XIIIème siècle les catholiques menèrent-ils leur première croisade religieuse au sein de l'Europe, avec l'appui du roi de France. L'Eglise promit l'absolution à ceux qui partiraient en croisade, ainsi les volontaires se joignirent aux soldats pour former une marée humaine dirigée vers le pays cathare.


Les châteaux de Montségur et Quéribus furent les derniers bastions cathares. Montségur tomba en 1244, Quéribus en 1255. La religion cathare prenait fin après des sièges de nombreux mois, après des milliers de morts et des bûchers innombrables.


Cette région fut dès lors soumise au roi Louis VIII. Les intérêts de la Couronne et ceux de l'Eglise étaient satisfaits. Il ne restait qu'à oublier ces temps d'enrichissement intellectuel et plier de nouveau l'échine devant Dieu et le Roi.





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