Grèce




Janvier 2009. Une fois n'est pas coutume, je prends mes grandes vacances en hiver, lesquelles incluent 3 semaines d'errance en solitaire dans un pays longuement parcouru par la pensée : la Grèce.


J'espérais de ce pays la solitude, le silence des temples. J'imaginais des ruines éparses et préservées d'une civilisation envahissante. Je me suis trompé à l'échelle de mes préjugés. J'abordais un pays dont je ne connaissais rien avec des espoirs d'un autre âge, des images naïves de part leur simplicité.


Ce voyage en Grèce semble sonner le passage d'un temps à un autre. Dernier voyage avant mes 30 ans, son récit clôture aussi la rétrospective du Fyndel et la première ère de ce site. Et plus spirituellement, il constitue une étape qui va dans la lignée de la confrontation de mes rêves, mes espoirs, mes illusions, avec la réalité.


Je sentais nécessaire de briser mes idéalisations par l'appréciation du réel. Idéaliser en connaissance de cause peut être un moteur intéressant, mais si l'idéal ne trouve plus source que dans l'imaginaire, cela ressemble plus à de l'aveuglement. Or j'ai envie d'ouvrir les yeux, pour savoir ce que je caresse.



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Heureux qui comme Ulysse...



…a fait un beau voyage : 4000 km en 3 semaines, en prenant soin de ne pas me jeter d'un lieu à l'autre juste pour dire d'y être allé. J'eesayais le plus souvent de prendre le temps de m'imbiber du lieu, de le rendre familier à mes yeux et d'autant mieux marqué dans ma mémoire.


Ainsi j'ai parcouru : Athènes, le Cap Sounion, Corinthe, l'Argolide dont Mycènes, Epidaure et Nauplie, puis Monemvassia, le Cap Ténare, Koroni, Sparte et Mystra, l'Arcadie et l'Elide dont Olympie pour conclure le Péloponnèse.


Plus au nord j'ai découvert Delphes, les Météores, un aperçu de l'Olympe, les villages Zagoria et pour clôturer cette promenade grecque, les lacs Prespa. Un beau voyage, assurément.


Alors reprenons…


J'espérais de la Grèce la solitude… ou disons que voyageant seul et ne parlant pas la langue, je ne m'attendais pas à rencontrer grand monde sinon de rares touristes attirés par l'hiver grec. Mais des amis ont pour amie une jeune Grecque, Galateia. Et cette demoiselle au nom de voie lactée allait ouvrir la porte d'un échange humain inespéré.


Ainsi dès le premier soir me voilà guidé dans Athènes par une demoiselle francophone, intéressante et charmante. Blonde aux yeux clairs, son apparence ébranlait déjà mes images préconçues. Puis suite à la marche, l'ambiance d'un bar fut plus propice à une conversation suivie.


J'eus honte dès les premiers instants. J'insistais sur mon intérêt pour la mythologie et les ruines des civilisations anciennes sans d'abord réaliser ce qu'il pouvait y avoir de vexant à chercher d'un pays un mode de vie vieux de milliers d'années, à chercher des ruines dont la lumière était d'autant plus forte à mes yeux que la civilisation contemporaine était cachée dans son ombre. Pourtant Athènes et les Hellènes ne ploient plus genou devant Athéna. Pays fortement orthodoxe, pays européen où la jeunesse est aussi pleine de rêves… la Grèce est évidemment un pays actuel avec ses doutes, ses conflits, ses désirs d'épanouissement, et non une contrée figée dans une inspiration millénaire qui aujourd'hui n'aide en rien au bien-être de son peuple.


Notre conversation me fit aussi prendre conscience de la chance de vivre en France. Notre belle contrée n'est certes pas un paradis mais elle recèle des avantages que nous aurions tort d'imaginer acquis dans les pays environnants, même ceux faisant partie d'une certaine Union. C'est particulièrement vrai au niveau social. Lorsque je parle de mon métier proche d'éducateur spécialisé, je vois qu'ici en Grèce un tel métier est difficilement concevable vu l'absence de moyens qu'y consacre le gouvernement.


Les vies étudiantes et professionnelles sont aussi moins insouciantes qu'en France. Pas de bourse pour les études, des salaires peu élevés et un chômage pesant obligent les jeunes à vivre au crochet de leur famille, et bien souvent le départ du nid familial se fait tard, vers la trentaine, lorsqu'il y a mariage ou forcément lorsqu'une situation financière suffisante est assurée. Par cette longue et obligatoire cohabitation, les liens familiaux sont d'autant plus resserrés. Si le terme de 'prison' a pu être évoqué, celui d'une union forte et intime naît aussi de cette proximité. La famille semble alors revêtir une importance bien plus significative que chez nous où l'indépendance précoce favorise l'émancipation.


Dans ce contexte, les amis semblent fournir une échappatoire et un confort exutoire ainsi qu'un appui certain. D'ailleurs Galateia m'invita chez une de ses amies où 9 convives se trouvaient réunis autour d'une table. A peine arrivé je fus chaleureusement accueilli, servi d'une assiette emplie de légumes, de viandes et de pains divers, un bon verre de vin, et des invités qui se prêtèrent assez au jeu de parler anglais pour favoriser ma compréhension. J'ai aimé assister à ces dialogues débridés, à ces rires débordants, ces emphases nées d'une chaleur amicale si évidente. Souvent le grec l'emportait sur l'anglais mais qu'importe, l'ambiance parlait d'elle-même, et bien qu'entouré d'inconnus je me sentais cerné d'amis. En témoignent ces embrassades finales, ces mains jointes alors que les yeux brillants nous nous couvrons de souhaits bénéfiques.


Souhaits ou bénédiction, à eux de choisir, car la religion, la foi, ou juste le plaisir de croire semble faire partie du quotidien du peuple grec. Il fallait voir cette excitation à tirer les rois, à découvrir la pièce (le florin) cachée dans le gâteau, source de chance pour l'année à venir. Ravie et émue, Galateia eut le florin et tous s'enflammèrent à lui souhaiter la réalisation de ces espoirs.


                     


Les fêtes aussi, celles des prénoms par exemple, constituent des moments importants. Si c'est votre fête, vos amis ont le droit de débarquer chez vous sans prévenir pour célébrer ce beau jour !


Le 6 janvier, jour férié, des pigeons sont lâchés dans certaines églises où la foule est rassemblée en masse. Aussi, dans tout lac, le long de toute côte habitée, un prêtre jette une croix dans l'eau et les spectateurs s'y jettent dans l'espoir d'être celui qui récupèrera cette croix censée apporter bénédiction pour l'année.


Il y a décidément une certaine ferveur dans les festivités grecques que j'ai un peu de mal à retrouver en France.


Au final j'aurai rencontré assez peu de monde en Grèce, et tous ceux avec qui j'aurais particulièrement parlé, outre Galateia et ses amis dont la vive et accorte Eleni entrevue à Missolonghi, auront été rencontrés dans les bars. J'allais parfois m'y poser avec cahier et stylo afin de figer mes impressions sur la Grèce et cela suscitait apparemment la curiosité de certains. Du coup j'obtins ces rares plaisirs de parler anglais et d'enfin communiquer avec des grecs. Georgia à Nauplie, Esmeralda à Delphes, Dimitris et Rania à Athènes (et leur délicieux Rakomelo !)…


J'en profitais d'ailleurs pour leur demander leur sentiment personnel quant à vivre dans un pays qui hébergea les Olympiens et ces héros légendaires qui inspirèrent et inspirent encore nos civilisations contemporaines. Mythologie et histoire font clairement partie de leur culture, à tel point qu'ils utilisent les archétypes de ces personnages tant connus pour parler de leurs contemporains, du style : " Ouais là il fait son Thésée… " et d'office ils savent à quoi cela correspond. Au-delà de ça, comme le précisait Galateia, il serait bon de ne plus vivre sur des acquis millénaires mais de penser à aujourd'hui et à l'orientation de la Grèce moderne.


Quant à une inspiration plus mystique, je ne l'ai rencontrée chez personne, comme si leurs croyances anciennes ont surtout des adeptes là où elles sont liées à un goût d'exotisme.



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Ces petits riens qui font un pays



Ils sont fous ces Hellènes


Conduire est devenu un plaisir uniquement après quelques sueurs froides et un apprentissage nécessairement rapide. J'ai vu des panneaux de limitation de vitesse mais je me demande encore quelle est leur utilité. Etre à 90 au lieu de 50 est la normale même si on se fait encore bien doubler. Je pense que les panneaux 'Stop' sont des 'Cédez le passage'. J'ai appris à oublier les priorités à droite et n'ai pas trop compris qui passait en premier aux ronds-points, alors il faut une dose d'intuition pour arriver à s'engouffrer comme il faut dans ce ballet chaotique.


Les motards n'ont souvent pas de casque, en ville en tout cas, et mieux vaut être concentré car ils arrivent de partout. Sur les autoroutes, voitures et motos doublent à gauche, à droite, selon là où ça passe. Du bonheur…


Le pire reste les voies rapides. Delphine, Galateia et ses amis m'avaient mis en garde, pourtant ce n'est que confronté à ces conduites anarchiques que j'ai compris pourquoi si souvent on pouvait voir des petites maisons sur les bords de route, hommage aux défunts. Ces maisonnettes sont légions. Et pour cause ! Il y a deux files en contresens limitées à 50 ? On en fait 4, virage ou non, le tout à presque 100 ! J'ai vraiment halluciné sur l'axe Corinthe/Patras où même les camions et bus de touristes déboîtent devant nous pour doubler et nous font des appels de phare pour qu'on se rabatte sur la bande d'arrêt d'urgence afin de leur laisser la place de passer, ou plutôt afin de survivre. C'est vraiment du grand n'importe quoi, et de nuit, avec une circulation assez dense, je dois avouer que j'ai un peu craint pour ma vie. Mes mains serrées sur le volant, j'essayais d'anticiper un maximum. Pour sortir sans une égratignure des milliers de kilomètres parcourus, j'ai gardé en tête ces deux règles d'or : rester détendu et toujours vigilant !


Un dernier aspect délicat est de se faire à l'alphabet grec. Si des études scientifiques ont fourni quelques bases, lire un panneau reste une gymnastique de l'esprit (les 'H' et les 'n' se prononcent 'i' par exemple) indispensable à acquérir dès qu'on sort des sentiers battus. La lecture devient une sorte de Sésame ouvrant la voie à une orientation moins aléatoire.



Le commerce tranquille


En ville comme en village, l'ambiance dans certains restaurants et commerces est assez familiale. Outre les commerçants qui jouent à leur jeu de plateau ou regardent la télé en attendant les clients, le souvenir le plus frappant est un restaurant de l'ancienne Corinthe. Vu le manque de lumière à part celui de la cheminée, je doutais que ce soit ouvert, mais si…


J'étais le seul client et les tenanciers, un couple au dos courbé et à la démarche ébranlée par l'âge, attendaient dans le noir. A mon arrivée il me servirent leur délicieuse suggestion, les lumières se rallumèrent doucement, enfin plus tard leur fille finalement descendue mit la radio. Un lent éveil dont la tranquillité me convint parfaitement.


En d'autres restaurants les tenanciers coupent le son de la télé au profit de la radio mais restent ensemble à regarder les images ou à discuter comme s'il n'y avait personne. Plus d'une fois j'ai eu la sensation de manger chez une famille plutôt que dans un restaurant. La nourriture n'en est pas moins savoureuse.



Deux rencontres imprévues


Lorsqu'un camion tourne sur la route entre deux villages et m'oblige à m'arrêter, je me retrouve au niveau d'un vieil homme qui marche avec ses légumes. Peut-être a-t-il cru que je m'arrêtais pour lui, toujours est-il que je comprends par ses mouvements son désir d'être emmené en voiture. Je vire l'épais bordel du siège passager pour lui faire place. Il m'offre deux oranges et lorsque la voiture démarre, se signe en susurrant une prière. Nous avons bien essayé de parler mais la langue est décidément trop différente. Après tout, pourquoi vouloir toujours habiller de mots une situation éphémère et déjà plaisante en soi ?


Pour l'autre rencontre inattendue, là encore la langue ne m'a pas permis de comprendre cet acte dont j'ai du mal à deviner les causes. A moitié sous la pluie, je me débattais à une cabine téléphonique pour débloquer mon portable, et là j'entends un léger 'pssss' comme si l'on appelait mon attention. Une veille femme me tend alors un sac rempli de nourriture encore chaude des fourneaux de la boulangerie. Tarte aux épinards, desserts sucrés et beignets salés, entre autres… un sac entier avec des mets variés, de quoi faire 4 repas aux saveurs locales desquels je me régalerai. Je crois que la dame m'a laconiquement expliqué le pourquoi de ce geste, mais elle partit trop vite pour me laisser le temps d'autre chose qu'un sourire et un remerciement.



Entre chiens et chats

Si en Thaïlande les chiens errants sont légions, en Grèce les chats plus ou moins sauvages ne manquent pas non plus. Les chiens aussi, mais en moindre mesure. En plus les chats sont discrets, c'est dire tous ceux que je n'ai pas vus ! Des familles entières, des solitaires ensanglantés, des roux, des gris, des noirs, des qui fuient, des qui se collent à vous…


J'en appelais certains mais aucun ne répondait, ne serait-ce que d'un regard. Des véritables flegmatiques pensai-je, mais queue nenni. Simplement je ne parlais pas le chat grec. En France on les appelle par ce qui ressemble à un bisou (je défie quiconque de transcrire le son d'appel d'un chat !!) alors qu'en Grèce c'est plus un 'phuiphuiphui'. Comme quoi même les chats ont leur nationalités…


Et puis il y a ce souvenir d'un chien qui errait entre les tables d'un restaurant. Les serveurs l'ont évidemment considéré indésirable, mais plutôt que le repousser à coups de pieds ou d'exclamations agressives, le serveur l'a regardé avec un air à la fois réprobateur et compréhensif avant de lui chuchoter quelque chose du genre " Allons, sois raisonnable ". Et le chien s'en fut sans plus argumenter.


A voir ces nombreux animaux libres, je me suis demandé… mais où sont nos animaux errants ? Ont-ils déjà été tous piqués, les rares survivants se sont-ils réfugiés à la campagne ? Triste pays qui par peur de la contamination éradique ce qui n'a pas de code barre.



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La vanité humaine face à l'indéfectible entropie



Ce voyage en Grèce avait pour but premier la découverte des ruines, l'immersion dans un passé imaginé. Et l'hiver me convenait d'autant mieux que les touristes " ne pollueraient pas les lieux par leur unique présence ".


J'ai trouvé la solitude espérée, et cela m'a en fait permis de réaliser les rares avantages de la présence de touristes. D'abord, avoir au moins une personne présente permet de donner une échelle aux paysages et aux édifices contemplés. Pour des constructions aussi impressionnantes que le théâtre d'Epidaure ou la tombe d'Agamemnon, cela a son intérêt. Aussi, les cités autrefois fleurissantes recevaient généralement nombre de personnes, résidents ou voyageurs, ainsi les lieux s'emplissaient-ils de clameurs peut-être comparables au bourdonnement touristique. Ce dernier peut donc donner un sentiment de vie passée dans des lieux aujourd'hui désolés.


Quoiqu'il en soit, et pour mon grand plaisir, j'ai pu parcourir des ruines millénaires avec pour seuls compagnons les oiseaux et le vent, le soleil ou la pluie. Généralement à l'écart des villes, les ruines offrent un cadre propice à la méditation et à la réflexion. Là, à plusieurs reprises je m'entendis penser : " Est-ce là tout ce qu'il reste de vous ? "



Il est troublant d'imaginer qu'à l'emplacement de ces pierres éparses rongées par le vent et la pluie s'élevaient auparavant des temples somptueux d'où les voix des rois commandaient à la Grèce, levaient des armées et décidaient de l'épanouissement ou de la chute d'une civilisation. A l'époque, et à raison, ils devaient se sentir si importants… aujourd'hui seule l'imagination permet d'entrevoir ce qui fut un palais. Car l'histoire a marqué son passage, et peu de lieux de légende ont résisté au feu, aux destructions régulières d'un conquérant puis du suivant. On édifie, on brûle, on reconstruit à la sauce de sa culture puis on brise, et on restaure avant le prochain tremblement de terre. Il semble que la gloire et la suprématie d'un peuple se diluent à mesure que le temps passe et s'étire derrière lui.


A condenser les millénaires d'histoire de telle ou telle civilisation, l'humanité m'apparaît tel un enfant qui détruit par jalousie ou orgueil les constructions des autres, et si la promptitude à détruire est comparable à celle de créer, la première est tellement plus rapide et efficace ! Alors forcément, et cela m'a quelque peu choqué, les beautés du passé ont tendance à s'effacer derrière la misérable rentabilité des créations actuelles.


Devant ce constat, et avec le tableau synoptique des l'histoire du monde en tête, les empires américains et européens me font doucement rire. L'élargissement de l'Europe peut avoir des ambitions louables et permettre certains avantages, on m'enlèvera difficilement de l'esprit qu'une telle expansion, un tel regroupement n'a pas d'abord pour but la puissance, la mise en commun des forces pour un meilleur contrôle des environs, voire du monde. La vanité d'une telle ambition est risible car vouée à l'échec et à l'éclatement sur le très long terme. Je ne pense pas être fou ni n'ai la prétention d'être visionnaire en imaginant le morcellement de l'Europe, dut-il se produire dans plusieurs siècles (parler de millénaire supposerait une pérennité qui me paraît utopique).


Comme je l'exprime dans la Trilogie Gaïa, j'ai du mal à voir les humains comme une espèce intelligente. Des animaux pourvus de conscience et particulièrement habiles de leurs mains, certes, mais pour ce qui est d'agir intelligemment, il y a encore du travail en perspective ! Des êtres intelligents parviendraient à réduire les efforts et la compétition au profit du confort, du plaisir et de l'épanouissement personnel. Or de nos jours, combien se lèvent pour un travail qui ne leur plait pas ? Si déjà ils ont la 'chance' de pouvoir trimer pour survivre ! Combien se sentent prisonniers de leur vie d'entité intelligente ? La crise avance ses nuages de doute et de peur et nous voilà dans son ombre. Tout cela car plutôt qu'apprendre à vivre a minima et s'entraîner à l'équilibre, au contentement, on nous presse l'esprit de désirs, de besoins immodérés car oui il faut brûler nos monnaies sur l'autel du dieu Argent, il faut assurer sa croissance, veiller sur le pouls des finances, sur la santé du Capital. Est-ce là le nouveau dieu que nous vénérons par obligation ? Un dieu qui insidieusement n'a pas de nom pour ne pouvoir être pointé du doigt ?


Et là c'est dans le meilleur des cas. Je ne parle pas des guerres, des dictatures, de ces peuples asservis et laissés dans la misère par ceux-là même qui ont le pouvoir et le devoir de veiller sur eux, de ceux qui sont emprisonnés ou meurent pour avoir critiqué leur gouvernement. En y regardant de près l'humanité n'a pas tant de raisons de s'enorgueillir. Puisse-t-elle mûrir plus vite que ne s'étendent ses ravages.



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Ces lieux hors du commun



* A mon arrivée à Athènes, j'étais perdu. Un tel dédale de rues aux noms encore incompréhensibles, une attention impérativement tournée vers l'imprévisible circulation… trouver la rue de l'hôtel me paraissait déjà relever de l'héroïsme lorsque soudain, à ma grande surprise et à mon réconfort immédiat, l'avenue rectiligne ouvrit la vue sur un édifice reconnu dans la seconde : le Parthénon. Après un indéfinissable frisson de plaisir à le voir au sommet de l'Acropole, un coup d'œil à la carte d'Athènes me permit de déduire l'avenue dans laquelle je me trouvais. Je fus perdu en Grèce, jusqu'à la vue du temple d'Athéna.



* Assis sur les gradins du théâtre d'Epidaure, je vis un touriste seul arriver face à cette arène spectaculaire. Sans même en fouler les premières pierres il s'arrêta, prit une photo, tourna le dos et disparut.


Ce qui m'amusa fut le contraste entre sa rapidité et ma lenteur. Je suis resté près de 3 heures au sein du théâtre, sur ces marches puis ces autres là-bas, je guettais la lumière, je cherchais les points de vue intéressants, j'observais ces très rares touristes parcourir cet espace foulé par des millions de personnes à travers les âges.


Puis je me pris au jeu. D'abord à confirmer l'acoustique exceptionnelle qui permet à une pièce lâchée au centre de l'arène d'être entendue jusqu'au plus haut des gradins, ensuite je sortis mes poï, me présentai à cette foule fantôme avant de jongler sans musique, encouragé par le seul soleil et l'imagination d'artistes brillants et mémorables ayant foulé le même sol.


Je me rappelle cette exaltation finale où remerciant chaleureusement le public, prenant soin de balayer l'ensemble du théâtre, j'alternais révérences et baisers envoyés. Mon regard croisa alors celui d'un ouvrier grec en hauteur. Combien en a-t-il vu, des artistes solitaires exaltés devant une foule invisible ?


Au final, ce long moment passé ici et cette exaltation ont permis une imprégnation du lieu qui pérennise pour longtemps Epidaure en mon cœur.



* La région du Magne, dans le Péloponnèse, est très peu fréquentée par les touristes. C'est le doigt central du Péloponnèse qui s'avance le plus au sud de la Grèce continentale, et son extrémité est le cap Ténare, seule raison de ma visite. L'ayant décrit dans la Trilogie Gaïa, je tenais à voir ce lieu lié à mon récit et à la mythologie. Or ce trajet a figé en ma mémoire une atmosphère particulière, unique, que je n'ai retrouvé nulle part ailleurs en Grèce.


L'histoire, même assez récente, place en cette région des guerres fratricides et centenaires si violentes que même les envahisseurs de la Grèce préféraient passer leur chemin plutôt que se frotter à ces irréductibles indépendantistes.


La nuit s'annonce proche. En attendant, le soleil voilé par de fins nuages présente à ma vue des reliefs dépourvus de végétation, des côtes sans sable mais aux rochers menaçants. Une pancarte criblée de balles indique la dernière station service. Les habitations sont rares et ont l'aspect de tours carrées ; les quelques villages croisés, s'ils ne sont pas clairement en ruine, en ont pourtant l'aspect et ne montrent de vie que quelques voitures trop propres pour être abandonnées. Je finis par vraiment me demander si ces villages fantomatiques sont habités, alors je m'arrête. J'ouvre la porte de la voiture en la tenant fermement car ce vent d'une violence continue l'arracherait sans mal. Je marche dans ce semblant de ruines jusqu'à voir une silhouette au loin. Je n'en demande pas plus et courbé contre le vent je regagne la voiture pour poursuivre la route.


Le soleil approche des eaux. J'entrevois des arbres chétifs, sans feuilles et parfaitement noirs donnant l'impression d'évoluer au milieu d'un cimetière végétal. Sur la route, de gros rochers éboulés obligent à rouler au pas sur cette route bordée de pentes fatales. Mieux vaut ne pas avoir de souci ici car je n'ai plus croisé de voitures depuis un moment et il n'y a évidemment pas de réseau pour lier mon portable au reste du monde.


Je trouve enfin ce que je cherche peu avant le coucher du soleil : le sanctuaire de Poséidon et l'oracle de la Mort. Selon la mythologie, le Cap Ténare est l'une des entrées vers les Enfers. D'ici Orphée partit en quête de retrouver Eurydice.


Les vagues gonflées par les bourrasques se fracassent contres les roches des côtes. Il devient difficile de rester droit sous les assauts du vent. J'atteins l'oracle, petit édifice de pierre dont l'enceinte constitue un calme reposant. Sur l'autel s'accumulent nombre de pièces de monnaies, des stylos, des briquets et autres objets comme un pendentif à tête de mort. Ces offrandes ne sont probablement jamais dérobées à en croire ces euros à portée de main.


La nuit est tombée. Le terrain est des plus inhospitaliers avec ces innombrables roches qui percent le sol telle une chevelure. Je n'y vois plus rien et réalise que les piles de ma lampe torche sont vides. Heureusement nous sommes autour de la pleine lune, ainsi après une courte attente voici cette Lune fidèle, accompagnatrice de tout voyage, qui se lève et illumine les environs.


En parcourant les alentours je tombe par hasard face à une cavité rocheuse immédiatement reconnue (sans pourtant avoir été vue auparavant) comme le sanctuaire de Poséidon. Trois arbres aux bruissements funèbres s'y agitent dans le vent, mais l'enceinte est préservée et constitue un endroit propice au repos. Je m'installerai donc ici pour la nuit, une bougie contre les pierres pour pouvoir lire et ma cape sur mon sac de couchage pour ne pas avoir froid.


Si j'espérais trouver parmi mes songes un message de l'oracle, je ne trouvai rien d'explicite. Mais la Lune accompagna mes nombreux réveils, et la nuit comme mes rêves furent dans l'ensemble agréables et apaisants.



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Un peu de mysticisme…



Athéna a longtemps habité mon cœur chevaleresque. Depuis mon adolescence en fait, sur laquelle elle posa une main bienveillante et inspiratrice. En témoigne un entraînement quotidien pendant plus d'un an sans que l'ivresse et la fatigue de soirées arrosées ne viennent me faire oublier un seul jour de cet entraînement que ma cousine et moi nous imposions. L'année de mes 16 ans, j'ai fait preuve d'une volonté difficilement retrouvée depuis.


La déesse Athéna, alliant sagesse et puissance, intelligence et art, m'aura touché plus qu'aucune autre divinité. Est-il risible de croire en une déesse grecque lorsqu'on voit la multiplicité et l'évolution des croyances autour du monde ? Une parmi d'autres, mais celle qui fait sortir de moi plus que je ne croyais possible.


Après la Trilogie Gaïa, hommage à l'inspiration apportée par l'univers des chevaliers du Zodiaque que gouverne Athéna, il me fallait confronter ces rêves à la réalité. Appeler les Dieux, leur ouvrir mon cœur et mon courage dans l'espoir d'y lire leur souffle, de sentir leur présence.



Protection divine


Premier jour hors d'Athènes. Les ruines du port antique de Rhamnonte débutent sur un plateau surplombant le golfe d'Eubée où sommeillent les vestiges du temple de Némésis. Mais ce qui attira mon attention fut la forteresse aperçue de loin sur une falaise en bord de mer. Hélas un grillage fermait l'accès au kilomètre de sentier me séparant de ce lieu intriguant. Or ce grillage avait un trou percé par d'autres aventuriers. Vu qu'il n'y avait aucun touriste et que le gardien éloigné ne m'avait pas vu entré, absorbé par la télé, je pris la liberté de m'élancer vers la forteresse. Ce fut un des plus beaux ensembles de ruines que j'ai eu l'occasion de parcourir. C'était si calme, la vue était si belle… ô comme j'aurais aimé y rester plus longuement. J'ai hésité à y méditer mais une intuition m'invita à la prudence. Alors pour la première fois j'invoquai les dieux grecs en leur demandant de m'accorder leur protection durant ce voyage.


Je remontai ensuite la pente, avec l'appréhension de me faire voir. Or quelques secondes après avoir franchi le grillage, je tombai sur le gardien qui, ayant vu ma voiture, me cherchait. Il me trouva dans les limites ouvertes au public et me signifia simplement que le site fermait ses portes. A quelques secondes près il m'aurait vu sur le sentier interdit. Je repris la route après un remerciement au gardien mais surtout, à mes protecteurs.



Le cheval métamorphe


Mon trajet sur une route de montagne me fit apercevoir un cheval blanc dans un lieu où il n'avait a priori rien à faire. Coincé entre une route bordée par le vide et des reliefs escarpés, sa présence finit par tant m'intriguer que je fis demi-tour.


Il n'avait nulle part où s'enfuir et de toute façon il ne le pouvait pas : la jambe attachée à un arbre, le voilà condamné à la famine, sans eau ni herbe à portée de dents. Il avait la peau sur les os et son regard était fuyant.


Je dois l'avouer, l'idée m'a traversé qu'un dieu métamorphe testait les âmes croisant le chemin de cet équidé en détresse. Je lui donnai mes biscuits et mes pommes et j'entendis avec peine son œsophage ou estomac rugir, non pas de plaisir, mais du mouvement inhabituel de l'ingestion.


Le détacher me vint à l'esprit, cependant la peur qu'il se fasse renverser par un de ces imprudents conducteurs me retint. Peut-être était-ce là le véritable test ? Ou peut-être, à l'image des mes autres quêtes divines, me trouvai-je simplement confronté à la réalité, ici celle d'un cheval affamé.



La tresse de la sagesse

Une fois n'est pas coutume, cette anecdote restera sans développement, mais je la raconterai volontiers de vive voix à qui le demandera. Je tiens cependant à conserver ici la prière prononcée à l'attention d'Athéna au cœur du tholos de Delphes :



        Je vous prie, ma Déesse, par votre inspiration,
        De parer de sagesse mes futures décisions.



Une nuit à Figalia


Ce voyage à l'étranger fut notamment motivé par le voyage en Grèce de mon amie Delphine (d'ailleurs surnommée Delphes) quelques temps auparavant. A voir ses photos l'envie devint rongeante de découvrir ce pays. Or parmi ses découvertes se trouvait le temple de Figalia, non loin du fameux temple d'Apollon à Vassae.


Temple oublié des visiteurs, ouvert à qui s'y aventure, je décidai d'y passer la nuit lorsque je découvris que ce temple avait été érigé en l'honneur d'Athéna. Un autel creux trônait en son sein. L'eau qui y sommeillait reflétait la voûte céleste admirable par le nombre d'étoiles visible depuis ces hauteurs de montagne.


Rejoindre les ruines du temple impliquait de longer un sentier cerné de forêts. Habituellement, marcher dans le noir s'accompagne d'une forme de peur laissant imaginer des créatures impensables ou des pervers cachés dans les plis de la nuit et guettant notre approche afin de déchirer notre vie après nous avoir longuement torturés. Bon je m'enflamme un peu mais cette peur du noir en terrain inconnu est tout de même assez naturelle il me semble.


Or, j'ignore encore pourquoi mais j'éteignis ma lampe torche. La lune n'était pas encore levée ainsi le chemin se devinait plus qu'il ne se discernait. Les arbres étaient proches, les buissons aussi, une bâtisse abandonnée le long du chemin présentait une ouverture sans porte, il n'y avait aucun son, et pourtant, dans cette profonde obscurité, je ne ressentis aucune peur. J'en fus assez surpris pour bien me rappeler cette sérénité avec laquelle je traversais la noirceur vers un temple espéré.


Je m'agenouillai à l'entrée du temple, priant Athéna de m'accueillir et de me protéger pour la nuit. Je m'installai dans mon sac de couchage avec pour lire une bougie accolée à la base d'une colonne, mais absorbé par les étoiles si brillantes, j'éteignis rapidement la bougie pour me concentrer sur ce ciel aux mille feux et empenner les étoiles filantes de souhaits pour mes proches.


La pluie me réveilla. Heureusement ma cape me protégeait de l'humidité mais pas du froid montagnard, et sa protection s'étiolerait sous une pluie continue. Je finis donc par rejoindre la voiture, un tantinet déçu qu'Athéna ne soit pas intervenue pour me permettre de rester en son temple. Je l'avoue, ce temple m'avait particulièrement inspiré, et je pensais que si Athéna devait m'apparaître, ce lieu s'y prêterait parfaitement.


Peut-être m'habita-t-elle tout de même à travers la sagesse de ne pas m'entêter par fierté ou par une espérance illusoire à rester dans son temple malgré la pluie. Ou peut-être était-il temps pour moi d'accepter que cette foi antique ne trouvait d'existence qu'en mon cœur.



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Effets secondaires



Le retour de Grèce fut assez surprenant. J'eus l'impression que la communication s'avérait particulièrement aisée avec les inconnus. Je sentais les divers interlocuteurs aussi ouverts que j'étais d'humeur bavarde.


A l'aéroport de Zurich je parlai longuement avec la jeune Marie, habitante de Chine dont le témoignage fut fort enrichissant. Dans l'avion me voilà cerné par un industriel français et un Suisse avec qui nous parlons des îles grecques, du travail en France et à l'étranger, de parcours de vie en somme, avec une déconctraction totale. Dans la foulée me voilà dans le RER parisien à côté d'un homme au sourire étrangement serein, habitant en Angleterre et prévoyant une vie en Chine ou au Brésil. Nous nous sommes séparés en nous souhaitant une belle vie.


J'aime ces rencontres qui n'engagent pas plus que le plaisir d'une conversation. Des personnes que l'on ne reverra probablement jamais mais avec qui il fut agréable de faire quelques pas côte à côte. En un instant une vie originale se dessine, rappelant l'impressionnante diversité des possibilités d'existence.


J'étais néanmoins intrigué par cet enchaînement de rencontres aisées desquelles fleurirent ces plaisantes conversations. A en parler avec des amis je finis par partager l'opinion selon laquelle les voyages nous placent dans un état d'esprit de disponibilité envers notre environnement et ceux qui nous entourent. Ainsi le quotidien de nos vies et les habitudes de nos journées seraient-ils coupables de freiner, d'assombrir notre ouverture à l'autre ?


Dans ce cas, à même titre qu'on peut entraîner l'esprit au calcul mental et donc à la visualisation mentale d'interactions de nombres, ne pourrait-on entraîner notre esprit à rester ouvert à la multitude d'interactions humaines auxquelles par facilité nous oublions d'être attentifs ? Nous avons là à portée de main un intarissable trésor à redécouvrir…




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