Réflexions
(Nouvelle-Zélande, 2005)






Lune



La Lune… Voilà un astre bien mystérieux. Certains y voient un bloc de pierre, d'autre la respiration des mers, et certains y voient même une déesse vierge inaccessible, sauvage, intouchable : Artémis. Finalement, chacun y voit son propre univers pour peu qu'il prenne le temps de la regarder. Elle se présente à tous, sans exception, sans discrimination. Elle offre sa lumière à chacun sans rien demander en retour. Sa présence est une vérité scientifique, son influence une inspiration d'artiste. La Lune ne change pas, cachée ou dévoilée, ce sont les mêmes yeux qui nous font face, immobiles, fidèles, toujours souriants.


Et pourtant, la Lune n'est pas si immuable. Partir au bout du monde, c'est avoir la tête à l'envers, et la Lune nous accompagne dans ce renversement. Son visage à l'envers voit sa croissance inversée, et c'est de gauche à droite que son rayonnement apparaît puis disparaît. Le dernier quart devient premier, et inversement.


Mais là où la Lune m'inspire la plus la notion de subjectivité à son égard, c'est lorsqu'elle brille au-dessus des eaux. Quel spectacle merveilleux de la voir se lever sur l'océan. Les éléments dansent en cœur dans le silence de la nuit, et les rayons lunaires éclatent sur les flots. Un couloir de lumière s'ouvre devant nous, route vers des cieux inaccessibles aux mortels. Or ce chemin qui nous fait face, illuminant les flots, est différent selon tout observateur. Il est facile d'imaginer que l'eau est éclairée uniquement là on la regarde, mais une personne à un autre endroit verra elle aussi cette lumière orientée vers elle, sur une mer qui pour nous est dans l'ombre. Finalement l'éclat de la Lune est unique pour chacun, selon l'endroit d'où nous le percevons. Et ce n'est pas qu'une route d'eau brillante qui rayonne, mais bien toute la mer, de tous côtés et simultanément. Mais le regard humain bien limité n'en perçoit qu'un fragment, qu'il découvre et interprète selon son propre cœur.


Ah, la Lune. J'ai la chance de pouvoir l'observer chaque fois qu'elle ne se fait pas timide. Et il y a quelques mois j'ai été spectateur d'un phénomène dont j'ignorais jusqu'à l'existence. Il était 4H du matin. Derrière nous, la pleine Lune finissait sa course dans le ciel, et devant nous, un nuage vagabond déversait une pluie légère sur l'océan. Alors naquit du ciel, diaphane, teinté de gris, un arc-en-ciel nocturne. Vision éphémère, silencieuse, magique. Je n'oublierai jamais cet instant où l'extase contemplative ne laissa de mon corps que les battements d'un cœur.



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Le Verse-eau



Une autre journée vient de s'écouler sans que le fardeau de la nécessité ne nous ait épargné. Sans relâche il nous faut travailler, porter chaque jour notre lot d'effort afin de survivre dans ce monde imprévisible. Sueur nutritive, croyance salutaire, insouciance sacrifiée pour la gloire de nos maîtres, nous ne sommes rien.


Ce soir, nous traversons de nouveau la Vaste Forêt. Le couvert végétal ne nous laisse rien deviner des cieux nocturnes, les feuilles drapent la Nuit des saveurs de l'oubli. Nous longeons cette montagne titanesque, figée comme une vague morte, et le grondement des eaux se rapproche, couvrant le chuintement des grillons. La Terre et l'Océan célèbrent leurs noces éternelles, et le nectar de la vie se partage en gouttelettes pour s'offrir à chacun. Ô, saveurs de la Pluie…


Les chutes hurlantes sont infranchissables. Une approche inconsidérée est un suicide assuré. Mais nous connaissons les lieux parfaitement, et de toute façon flâner n'a jamais été notre privilège. Nous travaillons… Toutefois, chaque fois que nous atteignons cette clairière je ne peux m'empêcher de stopper un instant. Je lève la tête. Comme nous, elles ne sont pas grand chose finalement, et pourtant leur union rayonne en feux célestes. La constellation du Verse-Eau a changé ce soir ; une étoile s'y est ajoutée. Comme ses soeurs soleils lointains, son flamboiement ne nous ébloui pas. Glissant immobile sur les ailes de la Lune, elle aussi caresse nos regards depuis les Cieux inaccessibles.


J'aime ma vie de fourmi, et si le rêve nous est interdit, je prie pour comprendre un jour qui sont ces dieux dont les lumières percent la nuit. Etoiles, soleils, divinités, sources, j'ai foi en vous. Qu'adviendrait-il de moi si j'apprenais que vous, astres brillants, êtes en réalité des Glow-worm ? Et si je ne vois que vous dans mes yeux de fourmi insignifiante, comment pourrais-je concevoir qu'il existe de véritables étoiles dans les profondeurs d'un ciel infini ? Et au-delà ? Nos galaxies sont-elles les perles de la ceinture d'Aphrodite ?



Glow-worm

Debra, Ben, Melissa et moi traversions de nuit une forêt menant aux sources du Riwaka, au pied de la colline de Takaka. En s'avançant sur les roches cernées d'eau, il nous sembla enfin voir le ciel,
mais la lueur verte des étoiles dévoila leur nature. Sur ces roches dressées, des dizaines de Glow-worms scintillaient. Ces insectes atypiques brûlent une lumière attirant leurs proies dans leur prison de perles.
Les Glow-worm aiment les caves humides, les cascades, et face à eux il nous semble découvrir un nouveau ciel étoilé… Réalité des uns, rêves des autres.

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L'amour relatif



Soyons clairs dès le début, je n'aime pas H.F Thiéfaine, le hard métal, le mec qui m'a collé une baffe au collège ni les tableaux de Klimt.


Partant sur cette base, je peux vous expliquer mon point de vue, apparu soudainement vers 5h du matin. Avant cette nuit là, je n'accrochais pas vraiment sur un genre de musique expérimentale, la jugeant sans mélodie, sans voix féminine, bref, presque sans intérêt. Et pourtant… plongé dans une atmosphère propice à la rêverie, je me surprends à devenir le spectateur de la conversation de deux compagnons, un français et un néo-zélandais. Et là, développant chacun leur amour pour cette musique, détaillant ce qui en faisait une musique hors norme, j'ai pu lire à travers leur passion l'intensité musicale de ces rythmes singuliers jusqu'alors cachée à mes oreilles. Bref, je me suis mis à aimer, à la ressentir de tout mon corps, et ces airs m'apparurent soudainement presque indispensables, alors que plusieurs écoutes au préalable ne m'avaient laissé qu'une impression fade et insipide.


Ce que j'ai vécu ce soir là fut une ouverture musicale, une compréhension de ce que les autres percevaient comme une forme de beauté. Et ceci est extrapolable à tous les domaines. Ainsi grâce à ceux qui aiment, on peut aimer à notre tour, apprenant par les autres à regarder différemment, sous un angle nouveau qui serait resté mystérieux sans les lumières de l'émotion témoignée par des amoureux.


Ainsi, j'en viens à me demander : et si l'amour n'était qu'une question d'interprétation ? Si une œuvre, une personne est aimée, elle en devient par définition aimable ; si les frontières de notre amour n'étaient donc que limites intellectuelles et morales ? Ainsi, quelqu'un qui définirait la substance essentielle que lui apporte le hard métal par exemple, ou l'inspiration apportée par les tableaux de Klimt, ou tout simplement en nous les présentant à un moment où nous sommes plus réceptifs, ce quelqu'un ne pourrait-il pas nous faire réaliser le plaisir ou la force qu'il y puise ?


Tout ce qui nous semble ridicule ou sans valeur ne l'est pas pour d'autres. En voyant par leurs yeux, avec leur connaissances et leurs passé, ne trouverions-nous pas cela merveilleux nous aussi ? Cela voudrait dire que nous aurions compris un nouveau concept, une nouvelle façon d'aborder ce qui entoure nos vies. De la sorte, chaque musique, chaque personne, chaque goût deviendrait respectable car issu d'un amour présent quelque part, même loin en dehors de nous.


L'esprit n'est jamais trop ouvert, et la lassitude est probablement un mécanisme de défense naturel contre la monotonie, nous poussant toujours à aller voir plus loin.


Je prends un exemple concret : je suis un passionné des Chevaliers du Zodiaque ; je vois d'ici nombre d'entre vous sourire ou s'affliger qu'on puisse s'attacher ainsi à un tel dessin animé. Quoiqu'il en soit, ce manga a à mes yeux une importance irremplaçable, ayant contribué à mon caractère, y ayant puisé des valeurs qui m'ont permis d'évoluer vers quelqu'un de meilleur que je n'étais. Je pourrais en parler des heures, malgré votre désintérêt ou vos haussements d'épaules. Pourtant, si vous entriez un court instant dans mon esprit, vous comprendriez combien je leur suis redevable, et peut-être par cet autre regard vous y verriez la beauté que j'y entrevois.


C'est pourquoi selon les circonstances, on peut en venir à aimer ce qu'on rejetait la veille. Notre esprit s'enferme facilement dans des goûts qui constituent des points de repère, des principes qu'on croit (ou qu'on espère) bons et meilleurs que d'autres, mais qui cachent en fait notre peur de découvrir qu'il n'existe aucune vérité absolue, mais des milliards de vérités personnelles.



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Qui sommes-nous ? Où allons-nous ?



Nous évoluons, pour la majorité de ceux qui parcourent ce site, dans des sociétés de consommation. La santé de nos pays est exprimée en PIB, qui n'est jamais aussi élevé qu'après une guerre. Les médias nous poussent à consommer toujours plus, et combien font ainsi de leur travail leur raison de vivre, considérant qu'avoir un fort pouvoir d'achat est synonyme de sérénité, et qu'en cela réside la clé du bonheur ? Mais suivant un développement qui tend à tout mieux maîtriser, à toujours améliorer ce qui pourtant est déjà suffisant pour un confort et une stabilité que chacun pourrait obtenir par une juste répartition des richesses, un développement qui nous promet toujours du mieux à venir, jusqu'où irons-nous ainsi ? Il reste tant de choses à comprendre, à parfaire, qu'on peut passer sa vie à espérer des améliorations qui jamais n'atteindront leur quintessence. En clair, plutôt que de chercher un juste équilibre rendu possible par nos moyens actuels, nos gouvernements et beaucoup d'entre nous voient toujours dans l'avenir la solution à nos peurs et à nos doutes.


Pliant l'échine devant la croissance économique, les Etats sont coupables de promouvoir un désir toujours plus varié et hors de portée, source de conflits, d'émulations malsaines et du sentiment de frustration de ceux qui ne peuvent obtenir la superbe blonde qui fait l'apologie du dernier modèle de voiture, de ceux qui croient que leur vie s'améliorera par la possession de tel ou tel article. Nous sommes poussés à l'individualisme par le besoin d'appropriation.


Je condamne la recherche d'un progrès remplaçant celle de l'équilibre, pourtant me voilà en cette année 2005 entouré de chercheurs, où 3 ans de ma vie sont axés sur l'étude d'un buisson… Heureusement quelle que soit notre situation, nous avons toujours la liberté de réfléchir et de relativiser.


Mais poursuivons… Notre monde se fonde maintenant sur des vérités scientifiques. Au Moyen Age, les seules vérités provenaient de l'Eglise, jusqu'à ce qu'on s'aperçoive qu'ils baignaient dans l'erreur et dans la corruption de l'âme pour certains. Tout était jugé d'une façon manichéenne, les individus suivant les pas de Dieux ou ceux du Diable. Et aujourd'hui ? Ce qui n'est pas démontré scientifiquement n'est que fantaisie ou hasard inexpliqué mais bientôt compréhensible après quelques expérimentations. De quel droit pouvons-nous affirmer cela ? Et si la réalité se trouvait en un juste milieu entre la science et le mysticisme ? N'y a-t-il pas une force inconnue, sans parler de divinité, que nous avons désappris à percevoir ?


Combien d'auteurs, de scénaristes, de philosophes l'expriment dans leurs œuvres ? Paulo Coelho parle du Principe Favorable, James Redfield exprime la notion d'énergie qui relie les êtres et la matière, Bernard Werber cite la notion de noosphère, comparable à l'inconscient collectif exprimé par Jung. Et que dire des médecines asiatiques qui agissent sur des flux énergétiques corporels ? Dans la science-fiction, ces ésotérismes peuvent s'associer à la Force des Star Wars, aux flux d'âmes des Final Fantaisy, à la cosmo-énergie des chevaliers du zodiaque. Nous exploitons peu de notre cerveau, alors que cache le reste ? D'où viendraient ces inspirations comparables sinon d'une vérité qu'on ressent sans pouvoir la matérialiser par des mots ou des chiffres ? Toutes les civilisations ont leurs dieux, dont certains sont similaires bien que ces peuples n'avaient à l'époque aucun moyen d'entrer en contact, comme certains dieux d'Amérique associés à ceux de la Grèce Antique (Tlaloc et Dionysos par exemple). D'où naîtraient ces idées communes alors que tout les séparait outre leur croyance en une influence indéterminable ?


Huysmans associe le Diable (ou du moins ses attraits) à 3 choses : le pouvoir, la richesse et la science. Regardez nos sociétés, que désirent-elles sinon ceci ? Les guerres ont-elles un autre objectif qu'obtenir ou conserver ces attributs délétères ? Et la richesse précieusement défendue n'existe-t-elle pas que par comparaison avec la pauvreté, cette dernière devenant donc nécessaire à ceux qui brassent l'argent ? Que serait Dieu dans tout ça ? L'altruisme, l'amour, le partage, principales armes qu'utilisent ceux qui croient en un monde meilleur. Ne dit-on pas d'ailleurs que " Dieu est amour " ? Ce qui est une version plus séduisante que celle d'un être omniscient, atemporel et inaccessible…


Quelque chose nous échappe, que la science ne peut définir car elle se fonde sur des méthodes qui se targuent de pouvoir tout mesurer, et pourtant… La physique elle-même se trouve divisée : la physique classique n'explique ni la structure à grande échelle de l'univers, nécessitant la mécanique relativiste d'Einstein, ni les phénomènes de l'infiniment petit, décrits par la mécanique quantique. Les chercheurs s'évertuent à trouver une théorie unificatrice décrivant l'univers dans son ensemble, et la seule ébauche de réponse serait une théorie de vibrations énergétiques par lesquels nous serions tous liés d'une certaine façon. Ne sommes-nous pas tous issus du même matériel originel après tout ?


Nous nous sentons si supérieurs, pourtant combien d'efforts devons-nous dispenser pour corriger nos méfaits, tant sur l'écosystème que sur notre propre espèce : l'humanité. Obnubilés par le matérialisme et à cause de notre incrédulité face aux phénomènes nommés paranormaux, nous avons perdu une forme de communication qui a peu à peu tracé une frontière entre nous et les autres formes de vie animales et végétales. Cependant beaucoup vont se " ressourcer ", se " régénérer " en forêt. Que va-t-on y chercher vraiment ? Sans comprendre comment, nous nous imbibons d'une ambiance indéfinissable, puisant dans l'énergie naturelle et y retrouvant un état d'esprit différent de celui dans lequel nous étions arrivés.


Essayons de regarder le monde avec un regard différent, où l'intuition ne se laisse pas étouffer par l'expérience. Croyons en nos propres sensations plus qu'en celles qu'on nous conditionne à avoir.


Je n'affirme rien sinon qu'il nous faut garder l'esprit ouvert à l'inconnu, et saisir et savourer les nombreux moments de joie qui tournoient régulièrement autour de nous. Je ne détiens aucune vérité, je donnais juste mon opinion, synthèse peut-être un peu chaotique de mes lectures et de mes pensées, donc tous les commentaires sur ces sujets (ou sur d'autres…) seront les bienvenus !


Pour conclure sur la pensée qu'écrivait une amie, et dont je confirme la véracité, la vie serait comme une peinture pointilliste où chaque instant de bonheur ajouterait un point au tableau, apportant à l'ensemble le secret d'une vie heureuse…



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Le Bonheur



Ma philosophie, mes conseils et ceux de mes amis que je devinais parfois sages sans que je parvienne à les suivre, ces idées de beauté, d'évasion, de partage ; tout tournait en moi depuis toujours, au plus profond, enterré, enseveli de vieillesse d'esprit, de considérations bassement physiques, alors que mon âme ne demandait qu'à s'ouvrir, sans en trouver le chemin labyrinthique.


Aujourd'hui, tout devient cohérent. Tel un puzzle dont on devine enfin l'image, ma vie s'éclaire, de partout. Je vibre, je chante, j'exulte et tourne en criant sans me soucier du regard des autres. Je suis heureux oui, et bien si cela vous semble étrange, vous qui me regardez les yeux baissés sur vos doutes et vos insatisfactions, comme je le faisais et le ferai encore, regardez à quoi ressemble la joie, celle où votre esprit reçoit et devient la Source, enveloppant de son étreinte chaleureuse notre corps, montagne de lourde chair où soudainement l'air s'infiltre, portant ce fardeau périssable jusqu'aux cieux en balayant la fatigue, brûlant les toiles asphyxiantes dans lesquelles s'entassaient les unes sur les autres en une vase écœurante et difforme nos peurs de l'essentiel, les frayeurs de la simplicité… vivre.

Je vis,
                      Je vis,
                                          Je vis,
                                                              Je vis,
                                                                                  Et fleuris.

… je souris, et je chante encore. Autant de saveurs pavant cette route moelleuse où mes pas libèrent un écho de bien-être.


Si les gens ne s'acceptent plus, je les comprends. Comment peuvent-ils tolérer de voir autour d'eux tant de créatures dissimulées derrière leur propre obscurité, et comment osent-ils être si parfaitement le reflet de notre propre déchéance ? Soleil, éclaire-moi, car il s'agit bien de clarté, de transparence, d'intouchable… une sensation, une vibration de l'être. Toi, si belle, si suave, omniprésente, nous t'avons oubliée. Emus, amoureux de ton regard intense, toi qui n'a pas d'apparence, nos yeux ont désappris à te voir. Toi, la vie.


Nous n'aimons trop souvent ni les autres ni nous-mêmes, nous gardons précieusement cet amour par peur de venir à en manquer. Manquer… manquer… traumatisme… Si on manque déjà notre vie, tout devient sujet de manque et d'attache ; des cordes salutaires tombent des cieux et on les cherche avidement des doigts devant ce vide infini, on les implore, pitoyables que nous sommes devant notre incapacité à nous envoler, à devenir indépendant, quel qu'en soit le prix, gagner cette liberté de vouloir crier " je suis heureux ", puis voler, s'émanciper des ces cordages qui ne furent que des chaînes.


                                                                                  Léger


Oui, certains diront que j'ai des excuses, je suis à l'autre bout du monde, la vie d'étudiant est un berceau de plaisirs, et malgré cela, depuis quand la joie a-t-elle à se justifier ? Comment avons-nous pu ainsi perdre nos sourires, les paroles de nos cœurs au profit de nos mécanismes, échanger nos regards plongeant dans les autres contre le tourbillon éternel d'une complicité trop peu sûre pour n'être pas écartée d'un battement de cil. Si simple, qu'oubliée. Si pure, que forcément imaginaire…


Peter Pan n'est pas un conte selon moi, c'est une philosophie, et la maturité n'est en rien synonyme de vieillesse. Contre l'entropie corporelle inaliénable, nous sommes dotés d'un esprit illimité ; en lui nos espoirs côtoient nos anxiétés, la mort converse avec la vie, et la joie se repose dans les bras de la tristesse. Amants indissociables, sachez vous regardez dans les yeux, et vous embrassez en un équilibre serein. Alors nous saurons qui est cet étranger en nos chairs, et quelle rivière, aussi tumultueuse soit-elle, nous permettra de voguer en rythme avec nos aspirations,


                                                              libre...



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Peinture et Mythologie


L'enlèvement de Psyché - Sir Adolph William Bouguereau

A force de trop s'enfoncer dans un art, dans une science, dans un concept ou une attitude quelconque, aussi bon soit-il à l'origine, on en devient en partie aveugle. Et le seul moyen selon moi d'embellir son art, ses relations, est de toujours avoir le courage de se porter de l'avant, de ne jamais s'avouer stagnant, vaincu ou victime d'un système ou de sentiments qu'on ne contrôle pas.


En Nouvelle-Calédonie, grâce à Erika qui m'a initié à la peinture, je me suis lancé sur ses traces afin de comprendre ce qu'elle pouvait ressentir en peignant, en s'abandonnant si sereinement à une concentration bénéfique, à une solitude inspirée. La technique est une chose, mais ce n'est pas la seule difficulté rencontrée… L'aquarelle soulève ô combien la question de ses propres capacités d'abstraction. Pas question de formes précises et définies, reflet parfait d'un réel figé. Non, c'est plus une ambiance qui est peinte, tracée par des mains pourtant humaines, qui doivent apprendre à s'émanciper de la rigueur réclamée autour de nous. La peinture, ou l'évasion ; comme l'écriture… et ceux-ci se complètent si bien, car alors vient le murmure évident que l'écriture doit elle aussi savoir se libérer des chaînes conventionnelles et voler d'elle-même, en un style unique, en une pensée parée de milles tissus reflétant tour à tour les lueurs du soleil qu'on prend trop souvent comme des vérités instantanées et éternelles. Ecrire peut aussi suivre sa route sur les voies de l'abstraction, et la peur de perdre son public ne serait-elle pas effacée par la joie intense de toucher d'autant plus profondément ceux qui y seraient réceptifs ? Encore une fois, il ne faut certainement pas s'abandonner à la facilité d'un seul style, mais savoir évoluer au même rythme que nos pensées, aussi éphémères soient-elles, car la force qui s'en dégage n'est autre que l'expression sincère - aussi trouble soit-elle - de notre esprit…


Les Arts s'inspirent en eux… Après tout les Muses sont sœurs, et filles de la Mémoire.


Il n'est pas étonnant que la mythologie ait inspiré tant d'artistes à toute période de l'histoire : les peintres, sculpteurs de la Renaissance notamment, les mangaka contemporains et leurs œuvres (Cités d'Or, Chevaliers du zodiaque, Ulysse 31, plus récemment Troie (certainement moins profond et recherché que les dessins animés précédemment cités !), pour ne citer qu'eux.


Approcher d'assez prêt la mythologie pour se lancer dans des tableaux ou sculptures complexes et impressionnants montre, sinon le désir, la capacité d'abstraction de l'esprit. Ce cher Klimt a peint Athéna ; Dalí, surréaliste, a reproduit grandeur nature avec Gala l'éclosion des œufs de Léda enfantée par Zeus… il a reproduit avec des vrais serpents le caducée d'Hermès, et ce ne sont que des exemples parmi tant d'autres démontrant que nos mythologies sont part intégrantes de nos vies… Nos constellations sont issues de nos mythes pour beaucoup, chacune rappelant telle ou telle histoire, comme une poésie éternelle flamboyant dans le ciel. Le nom de nos mois en portent des racines, nos jours sont aux planètes… les jeux Olympiques ont toujours lieu… Il y aurait encore tant à en dire… Pas besoin d'inventer des histoires, des contes, quand déjà notre propre passé est si riche et si instructif sur nous-mêmes.


Nous avons une culture si riche en différences ; tant de contes qu'en plus de raconter à nos enfants nous devrions raconter aux autres peuples, pour leur montrer la symbolique de nos mythes et finalement, comment vivaient nos ancêtres lointains. Il est tellement normal d'être différent… blanc ou noir, musicien ou comptable, jeune ou vieux, et même… garçon ou fille… que serions-nous sans la différence ? Des clones.


Ouvrons-nous donc de nouveau à la curiosité d'autrui, à ces plaisirs, ces rêves personnels qui s'épanouissent en œuvres d'autant plus remarquables qu'elles offrent à leurs créateurs la liberté de donner le meilleur d'eux-mêmes...


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Julien Jay
2005
Nouvelle-Zélande

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Le Verse-eau
L'Amour relatif
Où allons-nous ?
Le Bonheur
Peinture et Mythologie